
Si les passants ne connaissent pas forcément son nom, ils le reconnaissent dans la rue… Il est vrai que Thierry Neuvic est une vedette du petit écran. Aujourd’hui, sans renier la télévision, le comédien se fait une place au soleil au cinéma.
Dans « Les papas du dimanche », vous incarnez un père qui vient de rompre avec sa femme et qui a bien du mal à se faire à sa nouvelle vie…
Il a surtout du mal à se positionner face à ses enfants, à leur faire comprendre que si c’est fini avec leur mère, il les aime toujours autant. C’est un sujet qui est dans l’air du temps…
On dit généralement au cinéma qu’il est très difficile de jouer avec des enfants…
Voilà trois-quatre films où j’accepte de jouer les papas… Ça doit être un signe ! Les enfants comédiens, c’est tout ou rien. Les trois du film étaient des perles. Le seul problème, ce sont les règles strictes imposées par la DDASS pour les tournages. C’est un peu plus compliqué pour travailler.
Avez-vous vécu la situation que connaît votre personnage ?
Non ! Jamais marié, jamais divorcé, pas d’enfant.
Vous vous voyez en père ?
Oui, j’ai envie de cette émotion-là. D’autant plus que beaucoup d’amis me disent que j’ai l’air d’être fait pour cela.
Quel est votre parcours ?
Je suis né dans le 9-3, à Montreuil, chez les gitans… Dans la famille, nous sommes d’origines diverses et variées. Mon grand-père était un enfant abandonné. On lui a donné le nom de Neuvic, qui est celui d’un village de Corrèze…
Comment êtes-vous devenu comédien ?
Petit, je vivais chez ma grand-mère. L’un de mes oncles était fou de cinéma. Il me réveillait la nuit pour que je regarde le Cinéma de minuit. Je voulais dormir. Il me disait : il faut que tu voies ça ! À 18 ans, parce que je faisais le con, j’ai changé de vie. Je suis parti dans le sud, à la découverte de mon père que je ne connaissais pas bien. Dans un cours de théâtre municipal, j’ai pris goût au jeu. La prof m’a dit que j’avais des possibilités, mais qu’il fallait que je parte. Je suis retourné à Paris. Pendant trois-quatre ans, j’ai fait du théâtre. Je refusais l’image. Ça m’effrayait… Et puis j’ai commencé les téléfilms. Un, deux, dix… Je ne me souviens plus de tout, mais j’ai dû en faire 60 à 70…
Aujourd’hui, on vous reconnaît dans la rue…
C’est vrai. Je crois que c’est dû notamment à la série Clara Sheller et à la série Mafiosa, où je jouais avec Hélène Fillières, qui est une excellente comédienne et une amie. J’avais d’ailleurs suggéré son nom à Louis Becker pour Les papas…
Le cinéma vous tend les bras…
En 2000, j’ai tourné dans Code inconnu de Michael Haneke, avec Juliette Binoche. Nous avions été au Festival de Cannes. Avec Eastwood, j’ai fait Au-delà. Personne ne me croit lorsque je raconte comment les choses se sont passées. Clint Eastwood avait envoyé l’un de ses assistants en France pour faire des castings. Il a rapporté les images aux USA. Eastwood nous a choisis, Cécile de France et moi, sans nous rencontrer, à l’instinct. Ce fut aussi simple que cela.
Quelle différence faites-vous entre le cinéma et la télévision ?
En France, on est dans une absurdité folle qui n’existe nulle part ailleurs. On s’obstine à opposer les deux. Moi, j’aime autant la télévision que le cinéma. C’est formidable de faire du cinéma, mais à la télévision on peut faire de très belles choses aussi, et je n’ai aucune envie d’arrêter. Mais je sais que ce n’est pas évident. En tout cas, le public s’en contrefiche !
Depuis « Les papas du dimanche », qu’avez-vous fait au cinéma ?
J’ai fait une participation dans le nouveau Sherlock Holmes. Je joue un révolutionnaire français face à Holmes et Watson. J’ai juste tourné quatre jours à Londres mais j’ai beaucoup aimé, notamment parce que Robert Downey Jr, qui joue Holmes, est un type vraiment adorable et d’une générosité folle et rare. Pour la télévision, j’ai tourné Silence d’État, avec Richard Berry et Rachida Brakni.
Quels sont vos projets ?
Au moment de Mafiosa, j’étais plutôt le voyou de service. Maintenant, c’est plutôt le french lover. J’ai un projet de comédie romantique américaine qui pourrait se tourner dans le sud de la France. On parle de Kathy Holmes dans le rôle féminin, mais il n’y a rien de fait. Par ailleurs, je travaille comme un fou sur le film que Christophe Ruggia va tourner, à partir de janvier 2013, sur Yves Montand. Je vais incarner le chanteur depuis sa jeunesse, à Marseille, jusqu’à la fin de sa vie. Il y aura les épisodes Édith Piaf, Marilyn Monroe. Simone Signoret sera interprétée par Céline Sallette. C’est un énorme challenge ! Au départ, je ne devais pas chanter. Finalement je vais le faire et il y aura, au total, une vingtaine de chansons… Mais j’adore ça. Je chante du matin au soir.
Les portes s’ouvrent de plus en plus devant vous. À quoi l’attribuez-vous ?
J’espère que c’est un peu à cause du talent, sinon ça serait emmerdant. J’ai pris de l’âge, de l’assurance. Je suis plus apte à recevoir. Je suis encore dans le doute, mais cela ne me paralyse plus. Je crois aussi que j’ai réussi à régler mon problème à l’image. J’arrive maintenant à m’accepter sur l’écran.
Comment vous voyez-vous dans dix ans ?
J’espère que j’aurai grandi humainement. Mais ça ne m’intéresse pas de savoir ce qui sera dans dix ans. Dans La route de Madison, le personnage de Clint Eastwood dit, à un moment, « J’embrasse le mystère ». Ça me plaît bien.
Source : l’Alsace.fr